Spectacles
La jeune fille et la mort (Ariel Dorfman)
Mise en scène : Gilles Garlet avec Irène Rivière, Gilles Garlet & Philippe Laurent
L’AUTEUR

Né en 1942, à Buenos Aires, Ariel Dorfman, participe au gouvernement de Salvatore Allende de 1970 à 1973. A la prise de pouvoir de Pinochet et la mise en place du régime totalitaire, il est contraint à l’exil et s’installe à New York en 1974. Cette dictature est décrite en toile de fond dans « la jeune fille et la mort », adapté au cinéma par Roman Polanski. Il écrit aussi en 2003 « exorciser la terreur » critique sur l’interminable procès du général Augusto Pinochet. Récompensé par de nombreux prix littéraires, Ariel Dorfman est un écrivain passionné mondialement reconnu qui s’interroge continuellement.
Paulina, l’héroïne de la pièce, violée et torturée, crie à la face de son bourreau son humiliation, ses meurtrissures, sa douleur mais aussi sa haine et son désir de vengeance. Plus qu’une victime s’adressant à son tortionnaire, Ariel Dorfman veut nous faire entendre la voix de tous les peuples bafoués qui crient leurs désarroi à la face du monde. Car dit-il « dans un pays, La Vie ne peut continuer tant que l’on a pas reconnu que Des Vies ont été détruites ».


L’HISTOIRE

Dans un pays vit encore le traumatisme d’une dictature récente, le président de la jeune démocratie a décidé de mettre en place une commission d’enquête sur les crimes passés. Cette commission est présidée par un avocat de renom : Gerardo Escobar. Le soir de cette nomination, Gerardo crève un pneu en rentrant chez lui. Un voisin vient à son secours et le ramène chez lui, où sa femme l’attend. Celle-ci, Paulina Escobar, torturée par la police secrète de l’ancien régime 15 ans auparavant, croit reconnaître dans la voix de ce bon samaritain l’un de ses bourreaux ; elle le prend en otage pour obtenir sa confession.


POURQUOI CETTE PIECE ?

Nul n’ignore l’existence de la torture. C’est un mot que la conscience collective voudrait bien voir appartenir au passé. Et pourtant, aujourd’hui encore elle est présente sur les cinq continents, défendue la plupart du temps par les gouvernements eux-mêmes, estimant que cette « procédure d’interrogatoire » est un passage obligé pour maintenir la sécurité du peuple.

Par bien des façons nous pouvons dénoncer nos mauvais penchant, le théâtre en est un.
Par bien des façons nous pouvons dénoncer les abus du pouvoir, le théâtre en est un.
L’horreur de la torture, outil de pouvoir doit être dénoncé.
La souffrance qu’elle provoque doit être révélée.

N’avons-nous pas entendu dire que certains rescapés des camps de concentration ne sentaient coupables d’avoir survécu ? Ne laissons nous pas se faire renvoyer dans leurs pays où gardiens et tortionnaire les attendent des demandeurs d’asile ? Qui parlent aux enfants sur nos bancs d’école de ce que leurs (nos ?) ancêtres esclaves ou colonisés ont subi ? Ce silence imposé aux générations futures engendrera quelle folie ? Quelles blessures ? Quelle incommunicabilité ?
De quel droit pouvons nous imposer ce silence à ces victimes ?

L’artiste est à la fois un témoin de son époque et une voix pour ceux que l’on contraint au silence. Pour ne pas laisser dans l’ombre ce qui doit être dénoncé. Pour ne pas laisser dans l’oubli ceux dont on doit prendre soin.

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