L’AUTEUR
Né en 1942, à Buenos Aires, Ariel Dorfman, participe
au gouvernement de Salvatore Allende de 1970 à 1973. A la prise
de pouvoir de Pinochet et la mise en place du régime totalitaire,
il est contraint à l’exil et s’installe à New York en 1974.
Cette dictature est décrite en toile de fond dans « la jeune
fille et la mort », adapté au cinéma par Roman Polanski. Il
écrit aussi en 2003 « exorciser la terreur » critique sur l’interminable
procès du général Augusto Pinochet. Récompensé par de nombreux
prix littéraires, Ariel Dorfman est un écrivain passionné mondialement
reconnu qui s’interroge continuellement.
Paulina, l’héroïne de la pièce, violée et torturée, crie à la
face de son bourreau son humiliation, ses meurtrissures, sa
douleur mais aussi sa haine et son désir de vengeance. Plus
qu’une victime s’adressant à son tortionnaire, Ariel Dorfman
veut nous faire entendre la voix de tous les peuples bafoués
qui crient leurs désarroi à la face du monde. Car dit-il « dans
un pays, La Vie ne peut continuer tant que l’on a pas reconnu
que Des Vies ont été détruites ».
L’HISTOIRE
Dans un pays vit encore le traumatisme d’une dictature récente,
le président de la jeune démocratie a décidé de mettre en place
une commission d’enquête sur les crimes passés. Cette commission
est présidée par un avocat de renom : Gerardo Escobar. Le soir
de cette nomination, Gerardo crève un pneu en rentrant chez
lui. Un voisin vient à son secours et le ramène chez lui, où
sa femme l’attend. Celle-ci, Paulina Escobar, torturée par la
police secrète de l’ancien régime 15 ans auparavant, croit reconnaître
dans la voix de ce bon samaritain l’un de ses bourreaux ; elle
le prend en otage pour obtenir sa confession.
POURQUOI CETTE PIECE ?
Nul n’ignore l’existence de la torture. C’est un mot que la
conscience collective voudrait bien voir appartenir au passé.
Et pourtant, aujourd’hui encore elle est présente sur les cinq
continents, défendue la plupart du temps par les gouvernements
eux-mêmes, estimant que cette « procédure d’interrogatoire »
est un passage obligé pour maintenir la sécurité du peuple.
Par bien des façons nous pouvons dénoncer nos mauvais penchant,
le théâtre en est un.
Par bien des façons nous pouvons dénoncer les abus du pouvoir,
le théâtre en est un.
L’horreur de la torture, outil de pouvoir doit être dénoncé.
La souffrance qu’elle provoque doit être révélée.
N’avons-nous pas entendu dire que certains rescapés des camps
de concentration ne sentaient coupables d’avoir survécu ? Ne
laissons nous pas se faire renvoyer dans leurs pays où gardiens
et tortionnaire les attendent des demandeurs d’asile ? Qui parlent
aux enfants sur nos bancs d’école de ce que leurs (nos ?) ancêtres
esclaves ou colonisés ont subi ? Ce silence imposé aux générations
futures engendrera quelle folie ? Quelles blessures ? Quelle
incommunicabilité ?
De quel droit pouvons nous imposer ce silence à ces victimes
?
L’artiste est à la fois un témoin de son époque et une voix
pour ceux que l’on contraint au silence. Pour ne pas laisser
dans l’ombre ce qui doit être dénoncé. Pour ne pas laisser dans
l’oubli ceux dont on doit prendre soin.